Je passe beaucoup de temps à m’offusquer, et surtout sur le racisme, le sexisme et les discriminations. Je parcours un compte Twitter, une page Facebook, un site web, je clique sur tous les liens, et je me force à ne pas vomir. Si j’étais anorexique, ce serait certainement plus utile.

Être choqué par ce genre de propos, j’en ai des souvenirs depuis l’enfance, où je ne comprenais pas que l’on appelle une fille de ma classe Chocolat noir. Je répondais aux autres qu’ils n’étaient que des Smarties. Je dois sûrement remercier ma famille pour cet ouverture d’esprit, même si je n’ai pas de souvenirs de mots sur le sujet avant le primaire. SailorMum faisait de l’alphabétisation, quand j’étais au primaire justement, pour les immigré-e-s, et cela lui plaisait beaucoup, et elle me partageait son ressenti sur les cultures qu’elle rencontrait et ce qu’elle en tirait. On avait beaucoup de gâteaux à la maison, c’était bon.

Un garçon dans la masse 20160625 72

Je suis un humain bien loti : je suis un homme cis en France. J’ai la peau claire, des poils bruns et une bonne situation. À mon désavantage, je suis pédé, ma voix est fluette et ma carrure est un peu ronde (mais quelle chance d’avoir un entourage bienveillant sur tous ces points).

Je suis donc un homme. Et rien que pour ça, je me sens heureux dans cette société. Bien que je ne m’en rende pas compte, tout est fait pour moi. Je suis un dieu, j’ai un pénis. De plus, je suis cis : mon pénis correspond à mon genre, et je me sens moi-même de l’avoir entre les pates. Tout est fait pour moi, je n’ai rien à prouver, rien à affirmer, j’ai un pénis qui me va bien.

Je suis blanc. (J’aurais aimé être noir, je trouve cela, d’un point de vue personnel, beaucoup plus esthétique). Et encore une fois, tout est fait pour moi, j’ai un pénis blanc qui me va bien. Et mon visage blanc tranche avec ma barbe depuis 10 ans, cette barbe, outil de virilité, et qui prouve ma masculinité. J’ai donc un pénis blanc qui me va très bien. Et de plus, ma barbe est brune (mes cheveux d’origine aussi), et ce pénis blanc aux poils bruns qui me va très bien me fait parfaitement rentrer dans le moule.

Je rajoute que j’ai deux bras, deux jambes, une seule tête, que l’ensemble va bien, et que du coup, une fois de plus, tout va bien pour mon pénis. Je peux courir et sauter partout. On ne me dévisage jamais. Et comme je ramène de l’argent à la maison, encore moins.

Un garçon bien sous tous rapports 20160622 70

Et comment se rendre compte que l’on est dans le moule, que tout est fait pour nous ? En dehors de l’éducation, qui m’a beaucoup aidé à m’intéresser aux autres, à m’enrichir des différences, il y a le fait que mon pénis aime les autres pénis. Là, tout n’est plus fait pour moi, mon statut divin en prend un coup. D’un coup, on comprend que certains ont accès à des choses auxquels on n’a pas accès. On voit la différence, on subie les moqueries. Des moqueries qui s’accélèrent quand le ventre est rond, quand on s’éloigne d’une norme. Des moqueries encore plus fortes quand la voix est trop fluette pour être pris au sérieux car la virilité n’est pas là.

Alors je mets à leurs places, aux femmes, aux non-blancs, aux trans, aux roux, aux pauvres, aux handicapés, à tous les anormaux qui peuplent la Terre, et j’imagine leurs difficultés. J’imagine leur besoin de fierté, leur revendication à exister.
Je pleins sont dans ce cas, et qui sont habitués à trouver ça normal à s’y complaire, et qui luttent pour que rien ne change.

Je m’indigne surtout contre ceux qui se battent contre leurs revendications. Je pense à ceux qui ne comprennent pas la Gay Pride, les manifestations pour les droits des femmes, la Black Pride, je pense à ceux qui ne comprennent pas qu’en stigmatisant on créé des clans, des communautés qui se replient sur elles-même et parfois explosent. Je pense à ceux qui ont peur de l’autre autant quels ont peurs d’eux-mêmes, à ces gens qui ne voient pas que leurs propres lacunes se complètent avec les différences, ceux qui ne s’admettent pas, et surtout ceux qui ne se rendent pas compte de leur chance.

Et à quelques jours de la Marche :

PMA pour toutes

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