Grandir, grandir, grandir. Tu grandis, tu vieillis, la vie est simple. Tu fêtes Noël avec tes grand-parents, couple après l’autre. La vie est douce.

Tu continues de grandir, ça se complique, tes parents divorcent. Tes grand-parents sont toujours là, tu les vois toujours, mais avec un seul de tes parents, et l’un à Noël, l’autre au 1er janvier, pas si grave en soi. S’ajoute les nouveaux grand-parents, du côté de ta belle-mère. Et surtout s’ajoute une pression, que tu commence à percevoir : ces trois familles t’attendent pour fêter Noël. Tu deviens plus important que le Père Noël. Et tu comprends que ça n’impacts pas que parents et grand-parents, mais aussi toute la famille : oncles, tantes, cousins et cousines. Tout le monde t’attend, tout le monde vient de loin pour toi. Mais tout semble normal, c’est acquis : qu’ai-je fait pour ? Rien.

Puis les kilomètres s’installent : ton père qui s’en va loin, ça complique. Tes grand-parents maternels meurent, et tu pars vivre encore plus loin, ça complique. Les aller-retours la même journée ne sont plus possibles. Tu te retrouves avec un beau-père en plus pour Noël, une nouvelle belle-mère, deux nouvelles familles, deux qui ont disparu. Ça change, tandis que les règles ne changent pas : toujours l’alternative familiale.

Et tu continues de grandir, tu préfères passer le réveillon du nouvel an avec tes amis, et le lendemain à éliminer l’alcool dans ton sang. Et ta famille te comprend, ils acceptent. Mais avec qui passeras-tu Noël ? Tu es assez grand, tu commences à devoir choisir. Les déchirements commencent et la culpabilité s’installe, alors qu’à ton âge tu ne comprends plus pourquoi on peut bien t’aimer autant.

Tu continues de grandir et tu rejoints ton père en abandonnant ta mère. Tu travailles pendant les fêtes à n’a plus temps de rien. Et il faut toujours Noël, alors on se déplace pour toi, on vient encore à toi. Tu trouves ça compliqué, mais c’est toujours aussi festif. Et tu rencontres quelqu’un. Anodin dans un premier temps, tu comprends que Noël se fera avec lui ou ne se fera pas, c’est ta nouvelle famille – et une belle-famille de plus. Du temps en moins pour toutes celles du début, de ton enfance.

Tes compagnons te succèdent, toujours autant joliment acceptés par tes familles, tu trouves des parades qui arrangent tout le monde, tout en sachant que de plus en plus devront passer le jour de Noël sans toi, tout en sachant la tristesse qui leur vient et la nostalgie qu’ils en ont. Ton beau-père meurt, et ta mère, inconsolable et si loin, a besoin de toi. Elle est seule, alors que tu ne l’es pas. Tout le monde comprends les choix que tu fais, mais tu sens quand même la tristesse présente d’abandonner les autres.

Les Noël se font de plus en plus petits, des têtes à têtes, des petits comités. Tu as grandi et c’est à toi d’aller voir les autres, alors que personne ne se rassemble. Puis tu reçois le plus beau des cadeaux : deux sœurs en or massif. Tu ne voudrais plus passer tes Noël qu’avec elles, tant tu t’en réjouis. Et au début on vient à elles, puis avec le temps, elles vont aussi dans leurs familles. Tu te retrouves à t’adapter un peu plus.

Et lorsque Noël approche, l’appréhension aussi. Ta nouvelle belle-famille t’a elle aussi adopté. Tu es devenu indispensable partout. Et tu commences à avoir envie de fuir. De fuir Noël, de fuir les tristesses que Noël engendre, les solitudes qui ressortent, les abandons involontaires. Le plaisir est parti. Joyeux Noël.

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