Vendredi soir, j’étais au Café Bonnie pour l’anniversaire surprise d’une copine cosplayeuse. Je sors pour fumer. Je vois des voitures de police passer, en grand nombre. J’entends des fumeuses discuter d’une fusillade qui aurait eu lieu plus tôt.

Vite, je vais voir le site de Libé pour m’informer. Je découvre tout juste le titre alors qu’on m’appelle pour m’annoncer la nouvelle, et que Yo, resté à la maison, tente de prendre de mes nouvelles par SMS. J’apprends donc qu’à quelques rues se déroulent ces attentats. Je rejoins mes amis, qui viennent d’apprendre la nouvelle. Nous étions tous déguisés et plutôt marrants à voir. Mais en quelques minutes, nous avons retrouvé nos habits normaux pour se parer l’éventualité de devoir être évacués. À chaque instants, nous apprenions plus de détails sur les événements. La propriétaire du bar suggère alors à son mari de fermer la grille du bar, que les gens restent fumer à l’intérieur — brillante idée ! J’envoie aussitôt un mail à ma famille et je publie un message sur Facebook histoire de rassurer tout le monde que nous étions à l’abri.

Le Café Bonnie, joli bar à l’horloge Petit poney rose, dispose de deux parties, d’abord le bar, puis la salle dansante, derrière des gros murs. Nous allons donc nous installer dans ce fond. Pour une raison qui m’échappe, les fumeurs ne doivent pas rester à l’intérieur. La grille n’est donc qu’à moitié fermée. Cela nous inquiète tous, mais les propriétaire s’obstinent. Soit.

café bonnie

Un soulard dont c’était aussi l’anniversaire vient embêter tout le monde. Il compare ces faits à tous les autres attentats, qu’on doit tous mourir, qu’on s’en fout… Pendant des heures. Les poings se serrent, les larmes coulent parfois. Les chargeurs de téléphones permettent à tout le monde de continuer à suivre l’actualité tout en informant familles et amis.

Mes grands-parents m’appellent, ils ne comprennent pas mon message « Pour info. Tout va bien, nous sommes en sécurité. Bisous. » que j’avais envoyé plus tôt. Je leur explique la situation. Je mens, comme je dois mentir ensuite à mes parents, en disant que la grille est fermée. Cela dit, je sentais que nous ne craignons rien, dans cette petite rue. De les savoir rassurés me rassure, moi. Et ces gros murs me tranquillisent. Ma clope électronique me permet de rester au fond du bar.

La migraine qui me tient depuis deux jours reprend. Un doliprane, un verre d’eau, la douleur s’atténue, mais je sens l’impact de ce stress. Une copine de Lila, la cosplayeuse, a une amie au Bataclan, réfugiée aux toilettes. Son portable est déchargée et nous n’avons plus de nouvelles. Nous ne l’informons pas de ce qu’il s’y passe, des explosions, des tirs, des alertes. Ses pleurs et ses peurs suffisent déjà. Nous voyons le nombre de mort continuer d’augmenter, les sirènes des véhicules de diminuent pas.

Peu après minuit, les propriétaires du Café Bonnie viennent nous prévenir qu’ils allaient fermer le bar et que nous devions rentrer. Quelques filles expliquent qu’ils ne peuvent pas, que l’état d’urgence est déployé. Un agent de police lui ait passé au téléphone. il réplique qu’un commissaire lui a dit qu’on ne craignait rien. On rétorque qu’on ne peut pas rentrer, plus de métro, pas de taxis. Il s’en fout, on a des jambes pour marcher – et tous les cafés de la rue ont fait pareil ! Une fille filme ses conneries. La propriétaire balaye notre coin et nous pousse vers le devant du bar.

Nous décidons d’aller nous réfugier à Gare de l’Est, tandis que je recevais des propositions de mes amis de venir dormir chez eux. Le café d’à côté était encore ouvert, mais ne nous a pas accepté. Nous continuons quelques mètres et un hôtel nous ouvre ses portes. Nous nous posons en face de BFM et découvrons les images. Des parents arrivent à venir nous chercher après une heure, et nous raccompagnent tous chez nous. En arrivant devant chez moi, j’apprends que celle qui était restée dans les toilettes du Bataclan s’en est sortie. Je rentre dans ma cage d’escalier et je m’effondre jusqu’aux bras de Yo, qui arrive à me calmer après plusieurs minutes.

J’ai choisi de simplement raconter cette soirée comme je l’ai vécu. Depuis, nous tentons de nous remettre de ces atrocités. Nous avons allumé des bougies à nos fenêtres et décidons de refaire face. Je pense à eux. 

 

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