Il ressort ces temps-ci tant de débats sur la manière dont l’école devrait expliquer le sexe aux élèves. Je me souviens de mon éducation, à Argentan, alors que j’avais treize ans.

J’étais en quatrième. À vrai dire, je croyais déjà tout savoir sur le sujet. La sexualité a toujours été un sujet qui me passionnait.

By Cyanide and Happiness

By Cyanide and Happiness

Nous avions beaucoup discuté en famille, avec mes parents, avec mon grand-père. J’avais eu un livre, à neuf ans, qui expliquait très bien les choses. Il racontait l’histoire d’un frère de mon âge et de sa petite sœur, de la curiosité saine entre leur différents corps, des questions qu’ils posaient à leurs parents, et des réponses que ceux-là leurs apportaient. Le tout accompagné de jolies aquarelles qui portaient tant sur l’histoire que sur l’anatomie humaine. Ce livre répondait sereinement à tant de questions ! D’où vient-on ? Qu’est-ce que faire l’amour ? Pourquoi le corps des autres nous fascine autant ? Pourquoi est-ce agréable de toucher son sexe ? Bref, il m’a donné l’impression de tout savoir.
En tombant sur un porno — je n’aurais pas dû fouiller à cet endroit là —, j’ai vu la version non dessinée. Je crois, à dire vrai, que je savais déjà que j’avais en face de moi une comédie et non un documentaire. Le film m’a amusé, et je n’ai vraiment pas été jusqu’au bout.
Et comme je le disais, c’était un vrai sujet, en famille. J’en parlais sans crainte. Avec une telle naïveté, je crois, que je ne me suis jamais senti contraint d’aimer les filles. On aimait quelqu’un, on faisait un enfant avec l’autre sexe, mais rien ne semblait interdire l’homosexualité. C’est plus tard que j’ai progressivement compris l’attente hétérosexuelle. Mais c’est un tout autre sujet.

En sixième, les langues des garçons de ma classe se déliaient. Nous étions grands, le sujet nous intéressaient. Les redoublants nous ont fait part de leurs prouesses masturbatoires et de leurs récits d’éjaculations extraordinaires. C’était le début de la comparaison par la taille, et les cours de piscine y aidaient. Ou pas. L’eau ne met pas en valeur, et ce souvenir revient parfois me hanter.

Un peu plus tard je reçu ce qui, au final, fut le plus beau cadeau de ma vie : une boîte de préservatifs. La raison était simple : qu’ils soient un réflexe pour le restant de ma vie. Ce cadeau m’a sauvé la vie. Alors, encore une fois, merci.

Entre temps, le collège nous apprenait la reproduction chez les plantes, puis chez les animaux. La reproduction était tellement loin de mes préoccupations de l’époque. J’étais devenu — sic ! — un homme, et si l’envie d’être père m’est venu à cette époque, je n’étais pas pressé pour autant de l’être. Mais ces cours, ô combien drôles pour nous autres jeunes adolescents, étaient bel et bien obligatoires.

The anti-masturbation cross

Le hasard fait parfois bien les choses. Ma professeur de tennis de l’époque était une très belle femme. Tous les garçons fantasmaient dessus. Son mari était le nouveau prof de Science et Vie de la Terre pour mon année de quatrième. Et il était au moins aussi beau qu’elle. Nous avons passé pas mal de temps à imaginer leur romance.
Argentan était peut-être une ville test, mais ce que j’ai appris cette année là ne ressemble pas aux récits que j’ai pu entendre par la suite sur le sujet. Nous avons appris la sexualité.
La reproduction humaine s’est donc révélée intéressante car elle ne se limitait absolument pas à la reproduction. J’avais pourtant peu de questions sur le sujet. Cette année là, voici ce que nous avons appris.

marionnette-main-bebe-cochon-rose-douce-puppet-companyLe sperme de cochon est similaire à celui de l’homme. Nous en avons donc observé au microscope, entre deux lamelles, pour comprendre comment les petits spermatozoïdes grouillaient. Les filles en voyaient pour la première fois. Les garçons réalisaient ce que c’était vraiment, ce qu’ils étaient capables de produire.
La fécondation. Sujet banal, à dire vrai. Pas très différents des autres animaux, si ce n’est que là, nous percevions les futurs « nous ».
Le plaisir. Nous avons donc appris que le sexe ne servait pas qu’à la reproduction. C’était un futur élément important dans nos vies, et que sa recherche pouvait amener à faire des bêtises.
D’où la protection. Avec le devoir de correctement apposer un préservatif.
Revenons au plaisir. Il était aussi mentionné que lorsque que le rapport sexuel était protégé, il devait donner du plaisir aux différents protagonistes, et naître d’un désir mutuel et réfléchi.
Ce qui m’a le plus époustouflé, durant ces cours, fut la place de la masturbation. Où nous apprenions, nous les garçons, que les filles se masturbaient également, que le plaisir venait souvent plus lentement, et se manifestait différemment. Je me rappelle de ce dessin statique d’un garçon et d’une fille pratiquant l’onanisme. Puis il y a eu ce documentaire sur l’histoire de la masturbation (je ne me souviens que de la partie masculine) et de ces enfants punis de vouloir s’y adonner, au point de se voir poser des fils barbelés sur la verge. J’étais choqué de ce que, au nom d’une bonne morale, nos ancêtres avaient pu faire subir à ces jeunes qui découvraient simplement que leur corps pouvaient être créateur de plaisir. Je me pose encore aujourd’hui cette question : comment parvenir à offrir du plaisir si nous ne savons pas nous même à quel point notre corps peut se montrer puissant dans ce domaine ?

Au final, c’est une déculpabilisation totale que nous avons vécu. Nos rires gênés semblaient normaux, notre inexpérience pouvait se partager plus facilement, notre corps devenait un sujet intéressant.

Nous étions tous différents, et tous maîtres de nous-mêmes, là où des siècles d’illuminés nous avaient fait croire que nous en étions esclaves.

Marche des fiertés 2014 -  2

La fin de mon apprentissage adolescent m’est venu trois ans plus tard, par mon dentiste de l’époque. « Il y a trois choses qui dirigent le monde : l’argent, la guerre et le sexe. Protège-toi. ».

Treize ans après, je suis persuadé que les deux premières découlent de la troisième.

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