Récit d’un séjour avec Yo au bord de mer à Lampaul-Plouarzel, chez SailorMum.
Le titre est inspiré de l’album de La Femme, Psycho Tropical Berlin, que je vous conseille vivement d’écouter.

Par SailorMum

Préambule

C’est la deuxième fois que nous partons en Bretagne ensemble. La première fut en mai 2012, cela ne faisait encore que quelques mois que nous nous connaissions, Yo et SailorMum ne s’étaient encore jamais rencontrés. Le voyage avait duré cinq jours, et sur la fin avait frisé le drame. Mais depuis, elle est venue sur Paris à plusieurs reprises, nous savons donc maintenant comment poser nos marques. Nous avons d’ailleurs établi par téléphone quelques règles afin de se faciliter la vie : avoir chacun nos coins d’isolement, ne pas se lever trop tard tout en prenant le temps de dormir, s’organiser des moments en duo plutôt qu’en trio… Et plein d’endroits à découvrir alors que la zone est toujours placée en vigilance orange, d’un point de vue météorologique. Nous avons du coup embarqué les deux appareils photos. Personnellement, après avoir mitraillé Courbevoie et Saint-Quentin, j’avais un passage à vide créatif. J’espère trouver des idées au bout du monde.

#JOUR 1 – VENDREDI – L’arrivée

Le matin

Dans le trainLevés à 6h45, nous sommes presque prêts à partir. Les bagages faits la veille, à l’arrache, sont dans l’entrée. Nous avons pris au sérieux les recommandations de SailorMum, avec ses conseils de gros pulls, de chaussures montantes, de gants et de bonnets. Il ne reste que des détails à régler. Je fais peur à Yo avec ma manie de vouloir allumer une lampe pendant notre absence, ferrer les volets, couper le gaz et l’électricité. Ben oui, mais après ce qui s’est passé pour quelques amis ces derniers temps, j’ai un peu peur, quoi. Bref, douches prises, cafés avalés, mises-à-jour sur mon portable effectuées, nous quittons la maison. Le premier train pour nous rendre à Saint-Lazare est supprimé. Le deuxième arrive avec près de dix minutes de retard. Dommage, on aurait bien pris notre temps pour une pause petit-déjeuner à mi-chemin. La ligne 13 était presque déserte, un plaisir. Gare Montparnasse : un Starbucks, un Relay, et nous voilà à 9h00 dans le train, entre quelques malpolis, un couple lesbien et un pédé-déjà-croisé-quelque-part. Arrivée prévue à 13h37, à Brest. Je vois les mails pros s’accumuler, mais je me suis promis de traiter les urgences.
Question métaphysique : comment manger une tartelette au chocolat et aux noisettes sans faire de bruit ? (Je lis dans les yeux de Yo : et sans mettre des miettes partout).

L’après-midi

Sailortoshyo à la mer, par Ygrek HoanA l’arrivée, c’est une SailorMum inquiète que nous trouvons : il n’y a plus d’eau chaude. Suite à une coupure de courant la veille, le chauffe-eau ne s’est pas enclenché, et nous allons devoir passer chez le plombier avant de rentrer. Ce que j’aime chez les artisans du coin, c’est leur disponibilité pour ce petit bout de femme qu’elle est. En effet, il accepte de passer deux heures plus tard à la maison, voir ce qui se passe. Une fois que nous y déposons nos affaires, l’heure du repas. Drame numéro deux : le micro-onde nous lâche entre mes mains. Heureusement, la poêle vient à la rescousse. Après le déjeuner, le plombier arrive, touche deux ou trois boutons et nous revoilà à pouvoir prendre une douche et faire la vaisselle (ce que nous ne faisons pas vraiment dans l’immédiat). Nous préférons continuer notre discussion sur le cinéma.
Le temps est à la balade, la pluie s’est calmée, le vent souffle tant qu’il peut. Nous partons en voiture vers la plage, où nous attend une crique dessablée et pleine de pierre apportée par la tempête la veille. C’est un paysage troublant, regagné par la nature que nous mitraillons de photos. Puis nous partons prendre le vent au Conquet, où il souffle en nous emportant. La vue est magnifique, un pan de mer étant turquoise alors qu’un autre est marron, remué par la vase. Mais le vent nous fatigue, et nous repartons vers la maison.

Le soir

Je m’écroule sur le canapé et dors une bonne heure. Yo et SailorMum vaguent pendant ce temps à leurs occupations. Au réveil, c’est le dîner. Après un tour d’horizon des amis parisiens, nous discutons longuement sur la photographie et l’art, et nous enchaînons sur les histoires d’enfance de SailorMum. J’apprends au passage quelques histoires de famille que je ne soupçonnais pas. 23h30. Il est temps d’aller se coucher, Yo est épuisé, nous sommes tous fatigués. On aménage notre chambre, elle calfeutre la porte pour empêcher le vent – qui siffle à n’en plus finir – de trop rentrer dans la pièce. Les lumières s’éteignent et nous nous endormons aussitôt.

#JOUR 2 – SAMEDI – Jour de grêle

Le matin

Avant la grêleUn café nous réveille vers 10h00. Doux fumet. Il est déposé près de notre lit, qu’un paravent cache des regards. Une fois debout, la grêle qui frappe à la fenêtre de la cuisine. Le beau temps revient, alors une douche, j’écris, puis on s’habille. Nous voilà partit pas très loin, sous les rafales, en bord de mer. Nous avons nos Cotten, nos bonnets, nos gants, nos écharpes. Nous longeons le chemin tandis que les vagues se brisent contre les pierres. L’écume rince nos visages. Les grêlons reviennent, et nous suivons les brusques pour rentrer à la voiture.

L’après-midi

2014-02-08 à 16-43-00Petit repas, je ne m’en souviens plus très bien. Nous partons dans l’après-midi faire les courses. Le Super U du coin est extra. Il est calme et reposant, peu de personnes y viennent. Mais faire les courses avec SailorMum n’est pas si simple. Les comparatifs se font toujours au kilo. Elle peut mettre dix minutes pour choisir son pain. Alors que nous avions décidé une raclette, c’est un temps interminable que nous avons passé à comparer rosette et charcuterie dans le froid. Heureusement, loin du stress parisien, nous restions calmes. Mais un mal de tête en a profité pour apparaître. Yoan en profite pour faire une bonne sieste.

Le soir

20140210-181819.jpgLes discussions du soir, autour de crêpes maisons, ont tourné autour du genre. Partage d’opinions sur ce qui fait se sentir homme ou femme, et sur la transsexualité. Les crêpes se foirent dans une poêle non adaptée, nous utilisons une Tefal miniature. Yo en profite pour en préparer plein d’avance pour le petit-déjeuner du lendemain. Puis nous importons les premières photos sur l’ordinateur, avant de se les projeter. C’est une tradition : après chaque journée de photo, on se montre nos travaux. Au moment du coucher, il est difficile de trouver l’heure acceptable du prochain lever. Ma mère souhaite nous emmener profiter du beau temps à quelques kilomètres, mais au matin. Sauf que nous avons besoin de repos. Après une longue explication, on s’entend sur 10h30. Que c’est compliqué parfois de pouvoir dormir.

#JOUR 3 – DIMANCHE – Les vagues

Le matin

Yo à la mer10h15 debout, les crêpes de la veille sont sorties, les yeux peinent à rester ouverts. C’était cette fois un jus de poire qui nous attendait à la porte de la chambre (et qu’il est bon). Nous déjeunons rapidement, puis nous partons à Loc-Maria Plouzané (le site web est magnifique). Le lieu est magique. Un bel aménagement du territoire a été fait, et c’est avec plaisir que nous découvrons la plage, dont le parking est remplit de voitures. En effet, c’est une jolie tradition bretonne que d’aller rendre visite à la mer en furie. Nous passons une bonne heure dans l’endroit, nous mitraillant réciproquement de photos, s’amusant des autres photographes présents et de ceux qui se font avoir par les vagues. Nous allons ensuite dans un café, typique, pour nous reposer. Une serveuse habillé dans un ensemble très court en Skaï bleu, nous regarde bizarrement et guette si nous prenons des photos des habitués du bar, tous assis devant leur alcool.Nous n’y faisons donc pas long feu.

L’après-midi

2014-02-09 à 13-41-03Nous avons été manger dans une excellente crêperie de Plougonvelin, face à la mer, où Yo nous a invités. Le lieu est amusant : l’aspect touristique est entièrement raté, les bâtiments sont laids, mais un cinéma avec une vitrine sympathique et une jolie plage.
Sur le retour, on a fait un arrêt dans une petite église au milieu d’un cimetière, lui même en plein centre-ville. L’endroit m’a plu, car sur une grande partie des tombes était posé le même modèle de statue, que j’avais déjà vu à celui de Neuilly. Dans la nef, nous étions seuls, et on a beaucoup, beaucoup rit.

Le soir

20140210-182334.jpgGrande séance photos. J’ai fais du tri, comme mes comparses, parmi les cinq-cents photos prises dans la journée. Le résultat est pas mal, mais nous a pris près de deux heures à regarder. Le regard de Yo se confirme, je le trouve vraiment bon photographe.
Plus d’eau chaude pour mon bain, besoin d’attendre le lendemain.
Petit appel avec SailorDad, on planifie quand la plus jeune de mes sœurs viendra passer le week-end au Château.
L’appareil à raclette de mon feu beau-père a fait griller plusieurs fois les plombs de la baraque. Est-ce cela, ou bien le fait de parler de l’organisation des jours restants, mais SailorMum a eu un gros coup de blues. Et pendant ce temps, Yo avait le nez qui coulait suite à ses allergies. Alors, je ne sais pas si vous le savez, mais la raclette fond très bien dans une poêle. Pendant le repas, ma mère partage ses interrogations sur les lesbiennes. Nous essayons de lui faire comprendre que ses amies, revendicatrices acharnées, ne sont pas généralité.
Après le repas, ils parlent musique, musique, musique. Je suis d’une oreille, lâche prise, manque de m’endormir. J’ai besoin de temps à moi. Nous essayons de voir où caler du temps pour que Yo et moi nous retrouvions seul, et pour que nous allions à Darty pour pour regarder les Mac. Nous ne nous entendons pas. On reporte au lendemain la discussion.

#JOUR 4 – LUNDI – La dent

Le matin

Yo qui photographieRéveil à la même heure. Une dent, déjà brisée, est maintenant chancelante dans ma bouche. Ça m’énerve un peu.
J’attends avec impatience d’avoir un peu de temps pour moi. Il fait très beau, et après le petit-déj, nous filons à la plage. En rentrant, l’un des adorables voisins de ma mère lui apporte son ancien micro-onde. Problème réglé.

L’après-midi

20140210-184344.jpgAprès le repas, saturation. Yo et SailorMum m’appellent chacun de leur côté pour me demander des choses très différentes. Il a des problèmes sur son blog, et elle veut me montrer la nouvelle porte qu’elle souhaite mettre pour l’entrée de la maison. Vient une discussion sur notre prochain appart, ça m’énerve, je craque un coup. M’éclipse. Finalement, chacun prend enfin du temps pour soi. Tandis que j’écris cet article, lui rédige sa nouvelle et elle répète à l’accordéon. On se retrouve dans la bonne humeur auprès d’un café, et repartons chacun de notre côté à nos occupations. J’ai retrouvé mon calme. Il est donc l’heure de faire de la mousse au chocolat. Ce soir, on fête avec un peu de retard Noël.

Le soir

Mousse au chocolatJ’aime faire la mousse au chocolat. C’est le dessert traditionnel de mon enfance. Noël est très sympa, on reçoit plein de livres de photo et de cinéma. Ça me réjouit de voir ce qui se fait, de voir que peut-être j’aurai mes chances dans ce domaine. Mise à jour de son iPhone en iOS 7. Le repas est long, nous discutons beaucoup de mon rôle d’enfant roi, et que sans mes beaux-parents, je n’aurais jamais appris à expliquer ce que je suis. Je reviendrais peut-être sur ce sujet plus tard.
La conversation est devenue moins agréable quand SailorMum a essayé d’analyser Yo, à coup de généralités psychologiques, que nous avons démontées une à une.

#JOUR 5 – MARDI – Dernier soleil

Le matin

réveilRéveil, alors que ma mère est à son cours d’accordéon, vers 10h45. J’ai une sensation de grasse matinée.
Coup de ménage dans la maison. Yo travaille ensuite pour son asso. On parle bricolage pendant ce temps. Il continue à faire beau. Et chaud dans la maison !
On prévoit de venir accompagné d’amis pendant l’été, alors qu’elle sera en vacances.
C’est la dernière journée entière passée en Bretagne. Nous ne parlons pas du lendemain.

L’après-midi

Couv SailorMumLe soleil est toujours là. Après avoir mangé les restes de la veille, accompagné d’un plat que j’adore (le gratin de navets et de pommes-de-terre), nous partons découvrir un nouvel endroit : le rocher Sphinx, à Le Cleguer. C’est un lieu étonnant, lunaire. SailorMum part loin devant, nous tâchons de la suivre à notre rythme. Je m’entraîne au noir et blanc en direct, sans prise de couleur. C’est un bel exercice. Le beau temps nous inonde, la mer est déchaînée, le spectacle est grandiose.
Une fois les lieux photographiés sous tous les angles, nous partons à Saint-Laurent, quelques kilomètres plus loin. Délice des yeux encore une fois, dans un paysage plus montagneux. Je sens le stress arrivé chez ma mère, alors que vraiment, ni Yo, ni moi n’en avons.

Le soir

La soirée fut d’abord consacrée à la présentation de nos photos du jour (environ quatre cents après un premier tri) où Yo prouve à quel point il est bon photographe. Il a un sacré œil, et un excellent sens du cadrage. J’en suis très fier. Vers minuit, nous passons en revue la sélection des photos de ma mère sur les douze derniers mois. Elle aussi prend des clichés magnifiques, mais certains malheureusement se répètent beaucoup. Nous partons nous coucher, épuisés, une heure plus tard.

#JOUR 6 – MERCREDI – Le jour du départ

Le matin

Dernier réveil, dernier jus de poire laissé devant la chambre, dernier petit-déj à l’étage dans le salon, dernière douche. Séance de relaxation. Elle est à fond dedans, je suis, en décrochant sur les mots utilisés par l’homme du CD, et Yo n’arrive pas à rentrer dedans. Je regarde ma mère, elle semble apaisée, ça me réjouit de la voir comme cela. Petit repas. On ne pensera pas aux kilos ingurgités de gras sous toutes ces formes : beurre, pâté, crème, gâteaux, huile… C’était bon.

L’après-midi

Rade de BrestRangement des affaires, le train est à 15h37. Nous partons juste après le café, jetant un dernier regard à la rade de Brest. Ma mère n’est pas restée sur le quai, elle n’a pas fait les oreilles de lapin ou les cœurs sur la vitre auxquels j’étais habitué. Ça m’a troublé, c’est notre jeu. Elle n’a pas montré une seule larme du séjour, et je crois qu’elle a voulu garder cela ainsi.
Le retour, sans encombre. Un enfant drôle dans le train. Un mec tombant dans les pommes dans le métro. MacDo. Retour à la normale.

Épilogue

Ça reste un de mes meilleurs séjours en Bretagne. Le train part, en écrivant, j’ai quelques larmes qui refusent à leur tour de sortir. C’est dur de ne voir sa mère que trois ou quatre fois l’année.
Yo s’est comporté en gendre idéal, c’était mignon à voir. Et les vacances nous ont reposé un minimum. Même si j’ai vraiment hâte d’arriver à la maison.

 

Bonus : ma tronche en vacances

Photos par Yo

Photos par SailorMum

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