Lorsque vient le moment de se laisser, que ce soit au téléphone, par SMS, par mail, j’adresse aux gens un « bise(s) » ou un « bisou(s) ». Parfois je précède ce mot d’un « je te fais des ».
Cela dépend beaucoup de mon niveau d’intimité avec la personne. C’est une preuve d’affection, l’envie de signifier à l’autre que j’aurais aimé poser mes lèvres sur ses joues en gage du bon moment passé et de la sympathie que la personne m’inspire.

À la famille, mon homme inclus, je vais adresser un « je t’embrasse ». Que ce soit sur ses lèvres, sur leur joues ou dans leurs bras, le « je t’embrasse » m’est très fort. On embrasse une personne, comme une idée. C’est la marque ultime de l’amour et de la tendresse. Parfois je le dis à quelques amis proches, mais c’est quelque chose de rare, sans ambiguïté.

Par effet miroir, bien sûr, j’apporte la même traduction à ces locutions chez les autres. Et lorsqu’on m’embrasse, quand une personne que je ne classe pas dans les embrassables le fait, je défaille. Littéralement, comme après un geste inapproprié. Comme quelqu’un me révélant ses sentiments, alors que je ne les aurais jamais remarqués. Il y a tant d’amour dans cette expression. D’amour sincère. Amical ? Familial ? Amoureux ? Quand il arrive par surprisse, je ne sais jamais, et devant cette incertitude, mes jambes tremblent devant cet amour qui me semble inapproprié.
Tina s'apprêtant à embrasser la grenouilleQue répondre ? Ai-je envie d’embrasser cet amour soudain et impromptu ? Comment cela sera-t-il perçu ? Quel est, également, l’importance de ce mot dans la bouche de l’autre ? S’il ne veut rien dire pour l’autre, pourquoi même me le dire ? Et après tout, c’est en l’embrassant que la Princesse rend sa forme d’origine à la grenouille. N’est-ce pas là un témoignage de la force du « je t’embrasse » ?

En parallèle, il y a « mon Paul ». L’appropriation de l’être que je suis en témoignage d’affection. J’y suis plus habitué, je l’entends depuis tout petit. Mais c’est aussi quelque chose que je n’autorise qu’aux très proches. Là encore, je suis chancelant quand ces termes sont utilisés dans un contexte différent. Pourquoi me donner cette importance si ce n’est par amour ? Je ne me laisse pas aimer comme cela. Et pourtant, comme j’apprécie être apprécié ! Mais pas aimé. Pas au point d’être approprié.

Je sens que j’entendrai encore souvent ces deux expressions. Certainement compilées l’une à l’autre. Au moins, on ne pourra pas dire que je n’avais pas prévenu de l’importance que cela avait pour moi !

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